METZ

PAROISSE ORTHODOXE DES TROIS SAINTS HIERARQUES
Basile-le-Grand, Grégoire-le-Théologien et Jean-Chrysostome

Quelques repères pour situer l'Eglise orthodoxe
Archiprêtre André Jacquemot

Document pédagogique, élaboré à la demande du Comité interreligieux (CIR) de Moselle, pour les établissements scolaires, dans le cadre de la connaissance des religions et de la laïcité.

église russe, Nice

L’orthodoxie est généralement mal connue. De manière exotique, elle pourra évoquer la Grèce, pour ceux qui y sont allés en séjours touristiques, ou plus souvent la Russie, avec ses églises à bulbes, ses concerts de chant liturgique, ses icônes… Certains penseront peut-être aussi au judaïsme : il existe en effet une orthodoxie juive, caractérisée par une observance stricte, mais c’est un autre sujet, car nous voulons parler ici de l’Eglise orthodoxe.

L’Eglise orthodoxe appartient à ce qu’il est convenu d’appeler le christianisme oriental. Elle est la religion majoritaire en Grèce, dans les Balkans et en Europe de l’Est jusqu’en Russie. Elle est présente aussi au Proche-Orient, en particulier en Syrie et au Liban, où elle cohabite avec l’Islam en tant que minorité.

Du point de vue de son organisation, l’orthodoxie se présente comme la communion de 14 Eglises locales autocéphales (les anciens Patriarcats de Constantinople, d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, les Patriarcats modernes de Russie, de Serbie, de Roumanie, de Bulgarie et de Géorgie, et les Eglises de Chypre, de Grèce, de Pologne, d’Albanie et des terres tchèques et slovaques) qui se reconnaissent entre elles comme Eglises-sœurs. Elle doit son unité non pas à une organisation centralisée, mais au double lien d'unité dans la foi et de communion dans les sacrements. On peut donc parler des Eglises orthodoxes (au pluriel), puisque chacune se gouverne elle-même, ou de l’Eglise orthodoxe dans son ensemble, comme famille d’Eglises-sœurs en communion. Il existe un ordre de préséance entre les différentes Eglises locales, la primauté revenant à Constantinople (nouvelle Rome), sans qu’il y ait de lien de subordination.

Pour bien comprendre, il faut savoir que le christianisme s’est développé dans les premiers siècles de notre ère dans le cadre de l’Empire romain, qui couvrait à l’époque tout le pourtour méditerranéen. Au 11e siècle, les parties orientale et occidentale de la chrétienté se sont séparées. La partie occidentale est devenue l’Eglise catholique, attachée au Pape de Rome, de laquelle se sont séparées ensuite les Eglises protestantes issues de la Réforme au 16e siècle. La partie orientale comprend principalement l’Eglise orthodoxe, mais aussi des Eglises de rite oriental unies à Rome, ainsi que des Eglises dites orthodoxes orientales (arménienne, copte d’Egypte, syriaque…) qui, bien que spirituellement très proches, ne font pas partie de la communion orthodoxe définie ci-dessus.

basilique Sainte-Sophie, Constantinople

L’orthodoxie est intimement liée au rite byzantin, avec lequel elle fait corps. Elle a historiquement pris forme dans la zone d’influence de l’Empire byzantin, lui-même continuateur de l’Empire romain jusqu’au 15e siècle dans sa partie orientale, la capitale ayant été transférée au 4e siècle de Rome à Constantinople (devenue Istanbul après la conquête par les Ottomans en 1453). Dominant la ville de Constantinople, avec sa majestueuse coupole, la basilique Sainte-Sophie a exercé durant des siècles une fascination sur tout le monde chrétien. Elle a servi de modèle pour la construction de mosquées. Elle est aujourd’hui un musée. L’Empire englobait aussi les régions syro-palestiniennes, terres bibliques où le christianisme a pris naissance, avec les deux métropoles Antioche et Jérusalem, qui sont aujourd’hui encore les sièges de deux Patriarcats orthodoxes (le siège du Patriarcat d’Antioche ayant été en fait transféré à Damas). La basilique du Saint-Sépulcre, construite entre le 4e et le 6e siècles à Jérusalem, sur le lieu où le Christ a été enseveli et d’où Il est ressuscité, selon la tradition chrétienne, est toujours un lieu de pèlerinage pour les chrétiens du monde entier.

Les peuples slaves (Bulgares, Serbes, Russes…), qui n’étaient pas à l’intérieur de l’Empire byzantin, ont été convertis au christianisme dans sa forme orthodoxe à l’aube du 2e millénaire, et se sont organisés sur le modèle byzantin.

basilique du Saint-Sépulcre, Jérusalem

Depuis le 20e siècle, par le fait des migrations, en raison de circonstances politiques (guerres, révolutions, à commencer par la révolution russe de 1917) ou pour des raisons économiques, une diaspora orthodoxe s’est répandue dans les pays occidentaux, et notamment en France. C’est ainsi que l’Eglise orthodoxe en France regroupe aujourd’hui des immigrés en provenance de Russie, d’Ukraine, de Moldavie, de Roumanie, de Grèce, de Serbie, d’Albanie, de Géorgie, de Syrie, du Liban…, ainsi qu’un petit nombre de français de souche convertis. Elle est organisée en paroisses et diocèses relevant des différents Patriarcats d’origine.

Les évêques des différentes juridictions présentes en France ont créé une instance de concertation et de coordination, l’Assemblée des Evêques Orthodoxes de France (AEOF), pour manifester l’unité de la foi orthodoxe, coordonner la pastorale, adopter des positions communes dans les relations avec les autres confessions et les autorités civiles.

L’Eglise orthodoxe a beaucoup d’éléments en commun avec les autres Eglises chrétiennes, et en particulier avec l’Eglise catholique : la même Bible (Ancien et Nouveau Testaments) et l’essentiel de la doctrine (le salut en Jésus-Christ, Dieu incarné, la foi en la résurrection, les sacrements, le culte des saints…). Les différences se situent plutôt au niveau du vécu. Elle a conservé, plus que les Eglises d’Occident, une grande continuité avec l’Eglise primitive, avec un sens aigu du sacré et des pratiques fortes, comme le jeûne (environ la moitié des jours de l’année).

Il n’y a pas lieu ici d’entrer dans toutes les subtilités de la théologie, mais il est intéressant de signaler un point spécifique de la doctrine orthodoxe : la synergie entre la grâce divine et la liberté de l’homme, qui permet de résoudre l’opposition historique entre la grâce et la liberté, ou entre la foi et les œuvres, qui a agité l’Eglise latine, déjà au temps de saint Augustin, et surtout depuis le 16e siècle dans la controverse avec la Réforme.

Selon la conception orthodoxe, la grâce, don gratuit de Dieu, est la vie même de Dieu qui se communique à ses créatures. La grâce de Dieu est première, libre et souveraine, mais elle n’opère pas sans la coopération libre de la volonté humaine. Ce point de doctrine, qui peut paraître anecdotique au non initié, est en fait déterminant dans la manière de vivre la foi, dans la relation du croyant avec Dieu et avec le monde. Il se traduit aussi dans la célébration et les arts liturgiques.

Si l’on admire souvent la beauté de l’hymnographie et de l’iconographie orthodoxes, et plus généralement la richesse du rite byzantin, il faut savoir qu’elles font partie intégrante du culte, donc de la foi, et qu’elles sont toujours théologiques et bibliques dans leur forme et leur contenu.

Etymologiquement, le mot orthodoxe signifie vraie foi, juste glorification ou culte véritable.